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Dernière mise à jour : Mai 2018

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Unité de Recherche en Science du Sol

INRA - Site Internet de l'Unité de Recherches de Science du Sol d'Orléans

Commission d'Evaluation des Ingénieurs 2018

Rapport d'activité bilan avant retraite 1984 - 2018

Sommaire

1.    Chronologie

1955 Naissance à Saigon (Sud Vietnam).
1969 Retour en France (à l'âge de 14 ans).
1974 Bac et début galère.
1980 Naissance de mon 1er enfant et reprise en main.
1984 Entrée à l'Inra sur concours IE.
1987 Introduction SIG ArcInfo à l'Inra et en France + début de la grande aventure de la base de données géographique des sols d'Europe.
1990 Début enseignement SIG qui durera 25 ans.
1993 Concours IR.
2000 Livraison aléa érosion.
2003 Mission longue durée (16 mois) en Italie : transfert BDGSE1M, début e-SOTER.
2006 Retour d'Italie : période de malaise (changement de direction, de logiciel, fin de nombreux projets, SIG en baisse, début de l'ère `Kafka & Orwell`.
2017 Livraison étude EFESE ecosystèmes agricoles.
2018 Départ en retraite.

2.    Entrée à l'Inra

En résumé :
Je suis entré à l'Inra après une dizaine d'années difficiles. J’ai été choisi sur concours IE pour ma double compétence de géomètre et d’informaticien. Au cours des 3 premières années j’ai fait de l’analyse-programmation Fortran pour poursuivre le développement d’un logiciel de cartographie pédologique.

1984. Ce nombre vous évoque-t-il quelque chose ? C'est le titre d'un roman de science-fiction de George Orwell, paru en 1949. J'y reviendrai.

C'est aussi l'année de mon entrée à l'Inra. Le 1er juin 1984.

Je pourrais vous conter mes dix années de galère, et même plus, avant de débarquer sur ce rivage paradisiaque. Et aussi les circonstances que, personnellement, je trouve extraordinaires qui m'ont permis d'y être conduit. Mais faisons court.

J'hésitais alors entre deux propositions d'emploi. L'une, prometteuse, pour créer de toute pièce le service informatique d'une moyenne entreprise dans le privé. Et celle-ci, dans la fonction publique et donc, forcément selon mes préjugés de l'époque, pour finir poussiéreux, enterré derrière des piles de paperasses tout aussi poussiéreuses. J'ai demandé une visite avant de me décider. Bien sûr que le cadre était agréable, en forêt à l'orée de la Sologne. Bien sûr que les locaux étaient attrayants, flambants neufs. Mais surtout, leur simple configuration donnait à elle seule une idée de l'état d'esprit ouvert et accueillant de leurs « habitants ». Et de fait la chaleur autant que la simplicité de l'accueil que j'ai reçu à cet instant auraient pu suffire à me convaincre si l’attrait pour la mission qui devait m’être confiée n’y avait pas également pourvu.

Cette entrée à l'Inra a été un immense soulagement, non seulement pour moi mais aussi pour mes proches.

Je suis arrivé au Service d'Etudes des Sols et de la Carte Pédologique de France (le SESCPF) devenu depuis l'Unité de Recherche en Science du Sol (l'UR-SOLS). Pendant et à la suite de sa thèse en cartographie automatique des sols, Dominique King, alors Chargé de Recherches, a amorcé l'essor de ces techniques dans le domaine de la pédologie. Ceci a fait naître le besoin d'un informaticien pour prendre son relais dans les développements informatiques croissants. Il s’est ainsi trouvé à l’origine de mon recrutement. C'est ma double compétence, en analyse-programmation et en cartographie (j'ai aussi une formation de géomètre) qui a été déterminante. J'ai donc débuté ici en programmant en Fortran, poursuivant le développement logiciel commencé par Dominique pendant les 3 premières années de ma carrière. Parallèlement, j'ai assuré la fonction d'informaticien de Centre (d'Orléans) ce qui m'a mis au contact de l'ensemble du personnel et des laboratoires de ce Centre.

3.    La relation humaine

En résumé :
J’attache une importance primordiale à la qualité des relations humaines dans le cadre de mon travail, notamment avec ma hiérarchie. C’est une condition indispensable pour que je puisse m’y épanouir et apporter efficacement ma contribution.

Ici et à cette époque, l'humain était au cœur du... « système ».

La toute première valeur qui m'a porté quand je me suis trouvé là a été la relation humaine avec mes collègues de travail, notamment avec mes « supérieurs », désignation qui me semble incongrue tant la notion de hiérarchie était non pas inexistante, mais discrète. Ici j'ai trouvé, vécues au quotidien, toutes les valeurs que tout un chacun peut espérer vivre dans une entreprise : l'accueil, l'émulation intellectuelle, l'ouverture d'esprit, la confiance, le respect, l'encouragement, être tiré vers le haut et poussé de derrière mais toujours avec bienveillance, sans jamais aucune brutalité ni contrainte, la reconnaissance, la compréhension, l'humanité et tout le sens que je donne à la relation.

Je peux dire sans hésitation ni aucune arrière-pensée que Dominique King a été bien plus qu'un mentor. Par son exemplarité et sa richesse personnelle il a été un frère spirituel dans le domaine professionnel, mais aussi sur le plan personnel. Il partageait plus qu'il ne m'enseignait.

Marcel Jamagne a été mon premier Directeur jusqu'à son départ en retraite en 1996, remplacé dans cette fonction par Dominique jusqu’en 2004. Marcel était comme un père sur le plan professionnel. Lui aussi était un exemple de bienveillance et de tolérance à l'égard de tous. Nos relations se maintenaient sur un plan professionnel même si j'ai beaucoup de mal à dissocier ce que j'ai reçu de lui sur ce plan et sur le plan personnel.

Ces valeurs m'ont porté et façonné tout le temps que Dominique et Marcel ont été présents. Leur aura scientifique et humaine a rejailli sur l'ensemble de l'Unité jusqu'en 2004 et bien au-delà. Ils nous entrainaient dans leur sillage. Nous étions comme dévoués sans qu'il soit besoin de nous le demander, comme si cela allait de soi.

L'arrivée de Guy Richard à la tête de l'Unité en 2005 a produit un changement important. Au cours de ses mandats il a apporté beaucoup de rigueur et d’exigence. C’a été un chef professionnel, juste, compétent, rigoureux. Je l’ai beaucoup apprécié aussi.

Je retiens de cette triple expérience ceci : les « chefs », leaders ou responsables, jouent un rôle déterminant dans la bonne marche d'une équipe. Ceci est une évidence. Ce qui l'est moins mais qui devrait l'être c'est que c'est avant tout par leurs qualités humaines, avant même leur compétence, qu'ils font le « job ».

C'est à partir du remplacement de Guy Richard, en 2010, que j'ai expérimenté une situation inverse, qui met en relief les expériences précédentes. Une situation de difficultés relationnelles fortes au sein de l'Unité. L’Unité est restée productive mais elle fonctionnait en souffrance. Et cela a détruit beaucoup de motivations, de bien-être, d'efficacité, de justice. En tout cas, cela a été très puissant à détruire en profondeur la cohésion et le bien-être du personnel de l'Unité en général. Cette situation est allée jusqu’à une crise ouverte, dans laquelle j’ai joué un rôle moteur pour mettre au jour ce malaise et accompagner la mise en place de stratégies de gestion de conflit et de réparation.

Comment dire aussi, sans tomber dans la candeur, combien, dès le début et tout au long de ces années, je me suis senti entouré, soutenu, apprécié par la plupart de mes collègues ? Les leaders ont leur importance, mais le sentiment d’appartenir à une communauté, certes d’intérêts et d’objectifs, mais aussi d’idées, mais aussi de cœur, cela aussi est d’une valeur inestimable pour moi. Ils sont innombrables, au sein de l’Unité comme de l’Inra, ceux dont j’ai croisé plus ou moins la route dans mon travail et qui m’ont offert en partage cette familiarité, ce sentiment d’appartenance.

4.    Les relations avec l'extérieur de l'unité

En résumé :
Très tôt j’ai été impliqué au niveau européen et j’ai enseigné dans le supérieur.

Mes compétences dans les technologies de l’information géographique m’ont permis de prendre un essor au niveau européen. Dès 1987, je me suis trouvé embarqué dans une belle aventure : l’harmonisation et l’informatisation de la carte des sols d’Europe pour en faire la Base de Données Géographiques des Sols d’Europe au 1 millionième, cette SGDBE1M (Soil Geographical Data Base of Europe at scale 1 :1,000,000) qui reste aujourd’hui encore une référence. Ce projet, dont Dominique était une locomotive, a été extrêmement porteur pour l’Unité mais aussi pour moi. Il m'a demandé beaucoup d'efforts et d’investissement, mais c’était un formidable terrain d'épanouissement, de reconnaissance personnelle et de rencontres enrichissantes. Je me sens immensément redevable à des personnes telles que Robert Jones, Luca Montanarella, Rudi Hessel, Stephen Hallet, Endre Dobos, et bien d’autres encore, humains avant d’être européens. Accessoirement, il m'a permis de voyager en Europe et dans le monde à une époque où c’était encore relativement rare et plaisant. J’ai été membre du Réseau du Bureau Européen des Sols (ESBN : European Soil Bureau Network) depuis sa création, en 1990, jusqu’en 2006. C’est encore dans ce cadre que j’ai effectué une mission de longue durée (16 mois de 2003 à 2005) au siège du secrétariat de l’ESB situé au Centre Commun de Recherches de la Commission Européenne, à Ispra en Italie, afin de lui transférer la gestion et la diffusion de la SGDBE1M.

J'ai été sollicité très tôt, dès 1990, pour faire de l'enseignement dans le domaine des SIG surtout pour l'Université d'Orléans mais aussi pour d'autres organismes, à des niveaux licence, maitrise, DEA, ingénieur et master, et parfois même en lycée. J'ai enseigné jusqu’en 2015, donc 25 ans. Cela a commencé par la MST (Maîtrise de Science et Technique) de Cartographie et s’est terminé par le Master de Géomatique, tous deux à l’Université d’Orléans, tous deux depuis leur création. Mais j’ai également été sollicité par de nombreux autres organismes : l’INA-PG, l'agro Montpellier, l’ESEM (ex Polytech Orléans)… Cette expérience a été formidable. Elle m’a porté. J’ai « adoré » enseigner. Je me sentais investi d’une mission de transmission de savoirs et m’y suis engagé « à fond », en y donnant « mes tripes », toujours accompagné par le sentiment de faire un cadeau à mes étudiants. J’ai reçu aussi beaucoup de reconnaissance de leur part, ce qui m’a nourri. Je n’ai eu que d’excellentes relations avec mes directeurs successifs auprès desquels je sentais confiance, respect et reconnaissance. C’est avec le dernier d’entre eux que l’expérience s’est malheureusement terminée sur une note désagréable. Ses choix stratégiques et son type de management pour les mettre en œuvre ne correspondaient plus à mes valeurs. Cela montre une fois de plus s’il est besoin, l’importance de la qualité humaine aux postes de direction.

J'ai édité de nombreux supports de formation. J'ai toujours eu beaucoup plus de facilité à la production pédagogique ou technique que scientifique. Ces modes de transmission ont pourtant la même exigence de maîtrise et de méticulosité qui me correspond si bien. Peut-être la différence vient-elle encore, pour moi, du fait que l’enseignement est avant tout un exercice de la relation humaine sans laquelle transmettre est vidé de son sens. Je suis d’ailleurs resté en contact amical avec nombre de mes anciens étudiants que je recroise volontiers.

5.    Les valeurs de l'Inra

En résumé :
Dans ma vie, je défends des valeurs environnementalistes qui, me semble-t-il ont longtemps été en contradiction avec les orientations de l’Inra. Par chance, j’ai intégré une unité dont les préoccupations correspondent assez bien aux miennes.

J’aurais eu beaucoup de mal à travailler pour une unité de production ou d’expérimentation animale. J’aurais eu beaucoup de mal à travailler pour la sélection d’essences forestières ou de semences agricoles ou d’espèces animales en vue d’une production industrielle toujours plus réductrice de diversité. J’aurais eu beaucoup de mal à participer au développement de nouvelles technologies sensées palier aux défaillances de technologies plus anciennes, dans une perpétuelle fuite en avant.

L’orientation générale de l’Inra va principalement dans le sens d’une agriculture industrielle, intensive que je crains être non soutenable.

Le sol est une ressource naturelle non renouvelable et d’une grande fragilité qui subit une forte pression anthropique (érosion, tassement, pollution, perte de biodiversité...). Les pédologues en général ont très tôt pris conscience de cette fragilité et donc leur activité a très vite été orientée vers sa préservation. Cette préoccupation, que l’on pourrait qualifier d’environnementaliste, était donc déjà à l’œuvre dans l’Unité lorsque je l’ai intégrée en 1984. Je considère que c’est une chance pour moi, car cela correspondait déjà assez bien à mes propres valeurs.

Mon Unité reste un minuscule îlot au sein de l’Inra, un îlot sur lequel je me suis senti bien. Cependant, je me suis toujours interrogé sur le sens de mon travail dans l'institution. Cela m’a posé un constant problème de conscience. Pour l’illustrer, qu’il me suffise de dire que j’ai parfois été gêné d’indiquer que je travaillais à l’Inra. Je constate cependant une évolution : la préoccupation environnementale est entrée à l’Inra depuis quelques années. Je me demande malgré tout quelle est la part d’opportunisme dans cette réorientation, ce que la communication masque d’une réalité toujours aussi productiviste. Tout cela me dérange mais je dois admettre que, d’une part je me sens bien dans ce que je fais, et d’autre part, je me sens relativement impuissant face à ce constat. Ainsi, j’éprouve un besoin de cohérence qui n’est pas totalement satisfait. Cela est toujours resté un peu comme un caillou dans ma chaussure.

6.    L'intérêt pour ma mission

En résumé :
Pendant un temps, j’ai été comme un pionnier dans mon domaine. Cela a permis de nombreuses retombées pour l’Unité et une forte production. La technologie évoluant très vite, je me sens maintenant en perte de compétences.

Le propre de la recherche c’est de défricher. Ceci procure beaucoup d’intérêt à tous les métiers qui gravitent autour de cette activité. Notamment cela donne le sentiment d’être un pionnier. Pour moi, cet aspect des choses aussi a été extrêmement porteur.

En 1987, j’ai introduit à l’Inra et en France un logiciel Système d’Information Géographique (ArcInfo) qui est devenu depuis une référence mondiale. A l’époque, il avait fallu se battre pour monter ce projet parce que cela nécessitait l’acquisition de matériels et de logiciels d’origine américaine alors que les règles de marchés publics rendaient cela très difficile. Le budget était important, 1.2 million de francs. La prise de risque était d’autant plus conséquente sur un marché qui, pour ce type d’équipement était encore balbutiant et donc incertain.

La réalisation de ce projet a propulsé l’Unité sur le devant de la scène Européenne dans les milieux de la pédologie, de la modélisation agro-pédo-climatique, de la prévision des rendements des grandes cultures européennes, de la modélisation des phénomènes d'érosion et de tassement des sols, etc. Un groupe de travail dont faisaient partie Marcel Jamagne et Dominique King, œuvrait à cette époque à la création de la première carte européenne des sols. Ils en ont impulsé l’informatisation. C’est ainsi que je suis entré dans le processus et dans ce groupe pour harmoniser entre elles les cartes nationales, les informatiser et ainsi constituer la Base de Données Géographiques des Sols d’Europe au 1 millionième (SGDBE1M), au sein du Système d’Information Géographique (SIG) dont nous venions de nous équiper. Cela a été le départ d’une grande aventure qui a duré jusqu’en 2007 puisque cette base de données a sans cesse évolué. Nous en étions les gestionnaires et les spécialistes. Elle a suscité un grand nombre de projets européens dans lesquels nous avons été impliqués.

L’élan qui a été donné en 1987 a fait bénéficier l’Unité d’un retour sur investissement à la fois financier, scientifique et technique considérable durant les 20 années qui ont suivi. Mon rôle se situait sur les plans technique et conseil. Il m’a permis d’élargir mon réseau de contacts à un niveau Européen. C’est ainsi que j’ai été membre du Réseau du Bureau Européen des Sols (ESBN).

C’est au cours de toute cette période que j’ai travaillé en binômes et en groupes de travail européens, le plus souvent avec Dominique. Dans le binôme que nous formions il était, si je puis m’exprimer ainsi, la tête et moi les bras. Ce mode de fonctionnement s’est révélé être, tout au long de ma carrière, ce qui me convenait le mieux.

J’ai aimé me sentir à la pointe de quelque-chose. Cela m'a conduit à des activités très valorisantes. En terme de publications la période a été faste. En terme de productions technologiques, nos bases de données et nos outils ont servi partout en Europe. Toutefois, l’ampleur qu’a pris l’utilisation de cette base de données nous a amenée à la confier aux mains du Bureau Européen des Sols (ESB), mieux doté pour en assurer la gestion, la diffusion et la maintenance. Je suis donc parti en mission de longue durée de novembre 2003 à mars 2005 au Centre Commun de Recherches d’Ispra, en Italie afin de transmettre et remettre nos savoirs au Secrétariat de l’ESB. Ceci m’a permis de m’engager dans un autre projet de recherche européen, e-SOTER, qui, entre-autres exploitait cette base de données en modélisation agro-pédo-climatique.

Mon retour en France en 2005 a été une période charnière de ma carrière. Il correspond à la fin progressive de mon implication dans la base de données des sols d’Europe, au changement de direction de l’Unité (arrivée de Guy Richard), et à une évolution radicale du logiciel sur lequel je travaillais depuis près de 20 ans (passage de ArcInfo à ArcGIS). Parallèlement, l’Unité recevait de moins en moins de demandes et créait moins de projets impliquant les SIG. Alors même que cette technologie poursuivait sa course folle…

Car au cours de ces 30 dernières années s’est produite une accélération technologique de plus en plus forte, l'accélération s'accélérant elle-même, et de manière exponentielle. J'ai été « pointu » pendant 20 ans puis, petit à petit je me suis trouvé « largué », avec l’impression grandissante d’être « à la traîne », de sans cesse « cavaler derrière » dans une poursuite effrénée et épuisante. Combiné avec le fait indéniable que l’âge n’aide pas, en ce domaine, à suivre le mouvement, pas même à « rester dans la course », je me suis trouvé avec la sensation d’être en perte de compétence, de plus en plus décalé, de moins en moins utile ni à ma place, avec la sensation – et la mauvaise conscience qui l'accompagne – d’occuper la place de quelqu’un qui pourrait être plus efficace. Cela a été une source de souffrance et de questionnement. J’y reviens ci-dessous.

7.    L'intérêt à mon travail

En résumé :
Je me réalise dans la réflexion en petit groupe et dans la mise en œuvre technique plus que dans l’animation et la recherche de projets.
J’ai développé une méthode de travail qui correspond aujourd’hui à ce que l’on appelle l’Assurance Qualité.
Il est difficile de se tenir à niveau dans un domaine qui évolue extrêmement vite, ce qui a entraîné, pour moi, un sentiment de perte de compétence et m’a fait traverser une période difficile.
J’ai rebondi en m’investissant dans le projet EFESE et dans la gestion de crise de gouvernance qu’a vécu l’Unité au cours du mandat de DU finissant.

J’aime avoir « les mains dans le cambouis ». Les aspects techniques de mon travail me plaisent. J’aime le travail en binôme très complémentaire « tête/bras ». J’aime participer à la réflexion en petits groupes puis développer les aspects techniques.

Dès la prise en main du logiciel ArcInfo, j'ai toujours travaillé avec une méthode que j’avais mise au point pour moi-même, permettant traçabilité, reproductibilité, transmissibilité, documentation et utilisation pédagogique. J’en ai fait profiter mes collègues et étudiants qui se la sont volontiers appropriée. J’ai coutume de l’appeler « par fichier de suivi ». Elle s’apparente au cahier de laboratoire mais transposée à l’utilisation de logiciels. Je considère cela comme un apport technique à mon environnement de travail. Je m’aperçois maintenant que, dans une forme de « synchronicité » de l’émergence des savoirs et des techniques, d’autres aussi avaient pensé cette manière de faire, différemment mais en convergence (cf. par exemple RStudio). Je m’aperçois aussi que ses caractéristiques s’imposent désormais dans tout travail scientifique (cf. par exemple avec les « data papers »). C’est ce que l’on appelle désormais « l’Assurance Qualité » et elle s’applique dans tous les domaines.

Dans la continuité de la crise personnelle amorcée j’ai bien senti que, face à ma perte de compétence technique, il aurait fallu que je fasse évoluer mon métier. Sans doute aurait-il été opportun que je me mette à répondre à des appels d'offre, à rechercher des contrats, à monter des projets et à animer des équipes. En quelque sorte, il aurait fallu que je mette mon rôle technique au second plan et que je le fasse évoluer vers un rôle d’encadrement. Je ne l’ai pas fait car je n’y trouvais aucun attrait, aucune envie de le faire. Ce n’est pas mon métier et je n'étais pas formé pour cette évolution que je constate autour de moi pour la plupart des scientifiques et nombre d’ingénieurs de ce fait de moins en moins présents « à la paillasse ». Je me suis d’autant plus senti en décalage, relégué et en perte de repères. Si l’Inra a besoin d’ingénieurs pour ce type d’activité, sans doute lui faut-il faut veiller à les soutenir dans cette voie en les recrutant spécifiquement pour ces fonctions et/ou en les formant à cela. J’ai le sentiment que cela se met en place.

Cette crise s’est accompagnée, pour moi, d’une certaine perte de cohérence avec les valeurs de l’Inra. J’avais le sentiment que les enjeux environnementaux de notre époque n’étaient pas suffisamment pris en compte alors même qu’ils me semblent cruciaux.

Tout cela m’a mis extrêmement mal à l’aise. En 2007, un bilan de compétence ne m’a guère aidé. J’ai envisagé de changer d’Unité, de Centre, et même de quitter l’Institut.

Fort heureusement pour moi, les effets de cette crise personnelle se sont nettement atténués avec mon implication dans des projets et notamment, à partir de 2016 dans l’étude EFESE-Ecosystèmes agricoles. J’y ai retrouvé plaisir et assurance, dans un travail d’équipe, une équipe de surcroît aux qualités humaines en phase avec mes aspirations. J’ai pu saisir cette occasion pour y faire une remise à niveau qui, même si elle est insuffisante par rapport à l’évolution technologique en cours, m’a permis d’apporter efficacement ma contribution dans ce projet.

Concomitamment, l’Unité a traversé une crise de management.

Dans cette crise – quasi existentielle – j’ai senti que je pouvais jouer un rôle, pour plusieurs raisons. Etant en fin de carrière, il y avait moins d’enjeu pour prendre ce risque que pour mes collègues. J’étais moins impliqué dans la crise que la plupart des autres agents et pouvais ainsi y prendre une position plus neutre. J’y ai vu une occasion de profiter de ma disponibilité pour me rendre utile avant de clore ma carrière. Enfin, autant la recherche de contrats et l’animation d’équipe ne m’ont jamais convenu, autant je me suis senti naturellement investi dans cette mission de gestion de crise.

J'ai amorcé ce mouvement, je lui ai donné son élan puis je l’ai accompagné dans un rôle que l’on pourrait qualifier de médiateur. Ma préoccupation était de sortir de cette crise de la manière la plus paisible et la plus positive possible. Petit à petit la plupart des agents s’est également investie. C’est ainsi que nous avons alerté le Département, les Ressources Humaines, la Présidence de Centre et le CHSCT. Tout ceci a abouti à l’intervention d’un cabinet de consultants en gestion de conflits à l’issue de laquelle la décision a été prise par le Département de mettre fin au mandat de direction en cours en assurant une période de transition progressive et la nomination d’une nouvelle directrice.

Durant cette période, l’équipe s’est découverte. Cinq agents, dont je fais partie ainsi que la future directrice, se sont mobilisés dans une formation en ligne (MOOC) à la gouvernance partagée, formation que nous avons tous trouvée de grande qualité. Durant 6 mois, nous avons adapté, mis en œuvre et expérimenté ces nouvelles pratiques, préparant ainsi, collectivement, dans un « chantier de gouvernance », cette prise de fonction.

Je pense avoir joué un rôle relativement important dans l’issue de cette crise qui a d'ailleurs permis à d'autres agents de se révéler et de participer activement à cette résolution. J'y ai joué un rôle de « moteur d'allumage » et de tempérance. Je pense, j’irais même jusqu’à dire que je suis heureux qu’ainsi, peut-être, j’aurai laissé une petite trace bénéfique de mon passage ici, en particulier de ma fin de carrière.

8.    Kafka et Orwell ou les contre-valeurs

En résumé :
Je ressens de plus en plus de pesanteur administrative, de contrôle et de compétition s’installer au détriment de la relation. Ceci me semble contre-productif face aux enjeux qui s’annoncent et que seule, pour moi, la coopération pourra résoudre.

Je reviens maintenant sur ce qu’évoque 1984.

Au fil de ma carrière de bientôt 34 ans, j'ai senti peu à peu la prégnance de plus en plus forte de procédures administratives toujours plus complexes, lourdes et pesantes sur tout le monde scientifique et ses activités. Je me demande jusqu’où ira cette escalade kafkaïenne. J’observe aussi depuis plus récemment la mise en place d’une forme de suspicion et de contrôle sur les agents et sur l'activité en général qui altère et modifie l'atmosphère de travail que j'ai connue.

Ainsi, confusément je sens l’avènement d’une situation en quelque sorte « orwellienne », quand bien même ce terme imagé peut sembler excessif. Enfin, la compétition s’accentue, aussi bien à l'intérieur de l'Inra que vis à vis de l'extérieur, entre individus, laboratoires, institutions. Les enjeux vitaux qui sont face à nous nécessiteraient pourtant au contraire que l’on coopère et que l’on collabore. La compétition n’a plus lieu d’être. En l’état du monde elle est contre-productive.

Ainsi, chacun individuellement est mis sous pression technique, administrative, scientifique de plus en plus étouffante et génératrice de souffrance. Je sens que cette évolution n’est pas propice à l’épanouissement personnel et, par voie de conséquence, à la qualité des relations humaines et à la production scientifique. Cela me fait peine pour ceux qui ont encore une carrière à faire devant eux. Je ne suis pas sûr qu’entrer dans l’institution soit aussi exaltant qu'il y a 35 ans.

9.    Conclusion, le bilan de carrière

En résumé :
La relation humaine est au cœur de mon bilan. De sa qualité a souvent dépendu ma réussite ou mes difficultés.
Cette démarche de bilan de carrière est difficile. J’espère cependant qu’elle est révélatrice d’une volonté qu’a l’Inra d’accompagner ses agents et de faire fructifier et pérenniser les apports de chacun.
Les générations qui entrent donnent bon espoir pour introduire une forme nouvelle de gouvernance et se pencher sur les enjeux planétaires.

J’ai axé ce rapport sur mes ressentis plutôt que sur mes productions. A l’heure où il s’agit de faire le bilan de près de 34 ans de vie à l’Inra, il m’a semblé plus utile de procéder ainsi. Une belle façon de clore ma carrière.

On pourra sans doute remarquer dans ce bilan la description d’une forme d’ascension au cours des 25 premières années. Une ascension qui a été favorisée par un essor technologique, celui des SIG (Systèmes d’Information Géographique), combiné avec la mise en place de la Base de Données Géographiques des Sols d’Europe et de la multitude de projets nationaux et européens qu’elle a produit dans son sillage. Mais tout cela nous aurait probablement échappé, à l’Unité et, par suite, à moi-même, sans Dominique King et Marcel Jamagne. Tous deux ont été non seulement des visionnaires mais possédaient le dynamisme nécessaire pour entrainer l’équipe dans cette voie. J’ai participé activement à cette édification, dévoué de toute mon âme et de toute mon énergie à sa construction. Mais la motivation qui m’a habité venait avant tout des immenses qualités humaines de ces deux « chefs ». Je leur dois en grande partie cette faste période de ma vie.

Il faut croire que chaque chose a son revers puisque leur disparition a laissé un vide dans lequel j’ai eu beaucoup de mal à retrouver une place. Malgré la direction juste, rigoureuse, efficace de Guy Richard qui leur a succédé jusqu’en 2010, il m’a été difficile de gérer mon « indépendance ». C’est dans cette période que, pour compenser une certaine perte de compétence au niveau technique, j’aurais pu (ou dû) prendre un virage pour devenir à mon tour « monteur » et animateur de projets. Je n’étais toutefois ni enclin à le faire ni accompagné dans cette voie. Et ce n’est certes pas sous la direction qui a suivi et vient de s’achever que cela aurait pu se produire. Cette dernière période n’a pas été improductive, ni pour l’Unité, ni pour moi. Néanmoins elle a été, pour ce qui me concerne, incertaine, voire inconfortable jusqu’à me faire envisager de quitter l’Inra. Heureusement, j’ai pu intégrer des projets motivants par leurs aspects techniques et surtout par les qualités humaines de leurs leaders. C’est sans doute ce qui m’a permis de traverser sans dégât cette phase.

La direction de l’Unité qui vient de prendre fin a été difficile au point d’avoir débouché sur une crise grave. Je crois avoir joué un rôle moteur positif dans sa résolution. Je l’ai ressenti comme un appel face à une situation de plus en plus délétère qui m’était douloureuse alors même que je n’étais pas directement concerné. M’investir dans cette mission m’est apparu comme une manière de gratitude à l’égard de cette Unité pour tout ce qu’elle m’a apporté. La nouvelle directrice vient juste de prendre ses fonctions au 1er janvier et le « chantier de gouvernance » dans lequel nous nous sommes engagés collectivement avec elle depuis l’été dernier laisse présager un regain pour l’Unité.

J’ai dit l’inquiétude que j’éprouve face à la prégnance toujours plus pesante de la procédure administrative, de formes diffuses de contrôle et d’une mise en compétition croissante à tous les niveaux, tout cela se faisant au détriment de l’humain. Cette tendance sociale, quoiqu’avec un certain retard, semble imprégner progressivement l’Institut. Je n’aime pas cela. Je préfère voir dans l’intérêt manifesté par la hiérarchie pour notre démarche de gestion de la crise dans l’Unité, et notamment pour notre chantier de gouvernance, un espoir que des idées novatrices peuvent émerger ici et là, irriguer l’institution et faire contrepoids à cette possible contamination. Je préfère aussi voir dans le chantier « construire son bilan de carrière » auquel je participe en ce moment une de ces réémergences de la prise en compte de l’humain. Je sens bien qu’il y a un désir que ce bilan puisse servir utilement à d’autres, qui débutent ou poursuivent leur vie au sein de l’Inra. Si l’Institut permet à ses agents de revisiter ainsi leur carrière, c’est donc qu’il a encore des valeurs humaines. Puisse-t-il servir, ce bilan.

Enfin, j’ai dit mes difficultés parfois à me sentir en cohérence avec les objectifs de notre Institut lorsqu’ils me paraissent contradictoires avec les enjeux planétaires de l’époque. Pourtant je vois y entrer des générations de jeunes profondément conscients et avertis de ces problématiques, souvent engagés par leurs actes, y compris dans leur vie personnelle. Immanquablement je me dis alors qu’il y a de l’espoir.